L’entreprise française de chimie verte Afyren a entamé le chantier de sa toute première usine, sur la plateforme mosellane de Carling. Mené dans le cadre d’Afyren Neoxy, coentreprise avec Bpifrance, ce projet bas carbone vise à mettre en service des capacités inédites de 16 000 tonnes par an d’acides organiques produits à partir de betterave sucrière.

Afyren Neoxy, coentreprise entre l’entreprise clermontoise de chimie verte Afyren, qui détient 51% du capital, et Bpifrance (49%), a annoncé ce 10 décembre la pose sur la plateforme chimique de Carling, en Moselle, de la première pierre de son usine de sept acides organiques produits à partir de betterave sucrière. Un investissement conséquent:

de près de 60 millions d’euros . L’usine, qui doit entrer en service au premier trimestre 2022 et créer 60 emplois sur le site, fabriquera des « acides organiques qui ne sont pas produits en France de manière biosourcée, et qui ne sont même plus fabriqués en France« , assure Jean Saint-Donat, PDG d’Afyren Neoxy.

Marché mondial de 10 milliards d’euros

Sur un emplacement de 2 hectares, cette usine d’une capacité de 16 000 tonnes par an produira de l’acide acétique, de l’acide propionique ou encore de l’acide butyrique, issus de procédés de fermentation. Ces acides servent essentiellement d’intermédiaires chimiques et trouvent des applications dans très nombreux domaines comme l’agroalimentaire, la cosmétique, la pharmacie, les arômes et les parfums, les lubrifiants, l’agrochimie ou encore les détergents et produits d’entretien. Ces productions se positionneront sur un marché mondial évalué à plus de 10 milliards d’euros.

Procédé rentable

Il s’agira de la première usine d’Afyren. Fondée en 2012 et recensant une trentaine de salariés, la société a toujours misé sur le biosourcé avec la volonté d’être compétitif. « C’est un postulat intégré à notre technologie« , précise Nicolas Sordet, PDG et fondateur d’Afyren. Pour s’implanter sur un marché des acides organiques issus de la pétrochimie et dont les procédés ont été développés et améliorés « depuis cinquante ans, nous avons travaillé pour mettre au point un process le plus solide possible et le plus simplifié au sens industriel afin de se montrer rentables. Aujourd’hui notre procédé est rentable. Notre approche industrielle a démarré à partir de 2014 et s’est développée dans un environnement de prix du pétrole souvent bas« , ajoute Nicolas Sordet.

Contribution de Total

Ce projet industriel a su séduire, avec une dizaine de partenaires pour le soutenir, notamment une subvention européenne de 20 millions d’euros et également des aides de la Région Grand Est. A Carling, Total, acteur historique de la plateforme chimique, a aussi contribué. Isabelle Patrier, directrice de Total Développement Régional (TDR) indique que le groupe a « toujours accompagné des projets à Carling pour maintenir l’avenir industriel de la plateforme. Le projet d’Afyren s’inscrit de plus dans le domaine de la transition énergétique, et est en ligne avec notre stratégie zéro carbone« . Sur place, Total subventionne une partie de l’investissement sous forme de prêt, facilite le dialogue avec les parties prenantes de la plateforme, et fournira aussi à l’usine des services industriels, comme de la vapeur pour ses futures productions.

Bas carbone

En plus de son profil de chimie verte, l’attrait du projet réside aussi dans son profil bas carbone. La betterave sucrière est une matière première naturelle et recyclable. Afyren Neoxy promet une usine zéro déchet, avec une valorisation des déchets en sortie, notamment comme engrais destinés à l’agriculture biologique, ou encore avec une récupération intégrale de l’eau utilisée pour une réutilisation dans les procédés. « Selon notre analyse de cycle de vie de nos produits, depuis la matière première jusqu’à la sortie d’usine des produits, nos émissions de carbone seront divisées par trois par rapport à une production pétrochimique de même ordre« , assure Jean Saint-Donat.

Ambitions internationales

Les futures productions seront écoulées essentiellement dans le nord-ouest de l’Europe. Mais Afyren, qui a une « vraie volonté de devenir un acteur industriel majeur sur ces molécules biosourcées« , rêve aussi de produire dans « d’autres zones géographiques« , précise Nicolas Sordet. Car ces acides organiques sont utilisés partout dans le monde. Et l’avantage est que le procédé d’Afyren ne repose pas que sur la betterave sucrière. La société peut changer de biomasse, utiliser par exemple de la canne à sucre, de l’amidon, du maïs, donc s’adapter à des matières premières en fonction d’une implantation industrielle. De quoi nourrir d’autres ambitions.

https://www.usinenouvelle.com/article/made-in-france-afyren-demarre-la-construction-de-sa-premiere-usine-de-chimie-verte-a-carling.N1038624