Ce 1er décembre, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a présenté le plan protéines. L’objectif de ce programme ? Rompre la dépendance française aux protéines végétales étrangères, notamment le soja brésilien.

Depuis son arrivée au ministère de l’Agriculture, en juillet dernier, Julien Denormandie, a fait de la souveraineté alimentaire son obsession. Grande faiblesse française, avec une production qui comble seulement 50% des besoins, les protéines végétales sont au cœur de cette problématique.

Pour tenter de renverser la balance, le gouvernement a annoncé, ce 1er décembre, un plan de 100 millions d’euros. L’objectif ? Développer la production nationale pour réduire les importations. « Ce plan est la brique manquante pour rétablir notre souveraineté alimentaire », observe Julien Denormandie.

Doubler la surface de légumineuses en 10 ans

Via ce plan, le gouvernement entend notamment augmenter de 40% les surfaces de cultures de légumineuses dans l’Hexagone dans les trois prochaines années, soit 400 000 hectares supplémentaires, puis les doubler passant d’un million d’hectares actuellement à deux millions d’ici à 10 ans. « Ce doublement doit nous permettre de regagner 10 points de marge », précise le ministre, « cela peut paraître peu mais l’objectif est avant tout de casser la dynamique »

Les protéines concernées par ce plan sont aussi bien celles destinées à l’alimentation animales, qui représentent 80% des importations, comme le soja, la luzerne, que celles utilisées dans l’alimentation humaine comme les haricots, les lentilles ou les pois. 

100 millions d’euros de financement

Contrairement aux précédents « plan protéines », celui annoncé le 1er décembre bénéficiera d’un financement spécifique de 100 millions d’euros au titre du plan de relance. « A cela s’ajouteront des financements du plan d’investissements d’avenir et de Bpifrance », ajoute Julien Denormandie.

Parmi les 100 millions, 50 millions seront dédiés à la structuration des filières, 10 millions pour améliorer l’autonomie des élevages via des aides à l’achat de semences, 10 millions pour l’achat, par les agriculteurs, d’outils et de matériel de stockage.

Enfin, 30 millions seront dédiés à la R&D. Ce dernier volet doit permettre de trouver des nouvelles protéines alternatives, comme celles issues des insectes. « Il y a des start-ups françaises dans ce secteur qui ont levé beaucoup de fonds. Nous allons les accompagner, avec un bureau dédié au ministère, dans leurs différentes démarches administratives », poursuit Julien Denormandie. 

Des pépites françaises

Outre les pépites françaises comme Innovafeed ou Ynsect, ce plan de relance devrait bénéficier à certaines groupes industriels de l’agroalimentaire comme Roquette, le spécialiste des ingrédients alimentaires.  Le géant nordiste entend d’ores et déjà se positionner comme leader mondial des protéines végétales, notamment grâce à la production de pois protéagineux. Il a d’ailleurs signé un partenariat avec BeyondMeat pour lui fournir les protéines à l’origine de ses steaks sans viande. 

« L’alimentation animale reste le gros débouché des protéines végétales, mais nous sommes face à la création d’un nouveau marché avec une forte demande des consommateurs pour l’alimentaire », observe Arnaud Rousseau, président de la fédération des producteurs d’oléagineux (FOP) qui salue l’annonce de ce plan. 

Un plan salué par les professionnels

A l’image de la FOP, les professionnels sont d’ailleurs nombreux à se féliciter de ces annonces. « Ce plan une véritable rampe de lancement, créatrice d’emplois », note François Cholat, président du Syndicat National de l’Industrie de la Nutrition Animale (SNIA) qui représente 94 entreprises parmi lesquelles le groupe Tromelin nutrition. Même son de cloche chez les professionnels de l’élevage. Marc Pagès, représentant d’Interbev, l’interprofession des producteurs de viande, salue un plan « qui permet de répondre aux questions éthiques, agroécologique et économique »

Tous demandent toutefois que les décisions françaises soient suivies par une mobilisation européenne. Le sujet est au programme des discussions de la nouvelle Politique Agricole Commune. Quant aux accords internationaux, qui permettent l’importation de soja notamment à bas coût, « avant de les dénoncer, il faut d’abord développer notre indépendance », conclut Julien Denormandie.

https://www.usinenouvelle.com/article/la-strategie-de-la-france-pour-rompre-sa-dependance-au-soja-importe.N1035309