Neolithe fossilise les déchets non inertes pour les transformer en granulats

En Maine-et-Loire, la start-up Neolithe, créée par deux jeunes ingénieurs, a mis au point un process de valorisation par fossilisation du reliquat des déchets industriels banals jusqu’ici non recyclable, pour permettre à ses clients de réutiliser les déchets non inertes en granulats dans la construction.

Mi-mars, Neolithe devrait finaliser une nouvelle levée de fonds d’un montant de 2 millions d’euros, un an après avoir levé 1 million d’euros. De quoi conforter le développement de cette start-up de Chalonne-sur-Loire (Maine-et-Loire), qui retraite la part non recyclable des déchets non dangereux par fossilisation.

Une fois séparées les matières valorisables, comme les ferrailles et certains plastiques, les déchets industriels banals de chantiers (plastiques en mélange, laine de verre, bois…) sont broyés afin d’obtenir une fine de 0 à 500 microns. Celle-ci est ensuite mélangée à un liant permettant de rendre inertes les déchets en leur conférant une structure stable. Tout déchet non-inerte non dangereux peut être transformé en granulats minéraux, promet l’entreprise. Les liants ne sont pas brevetés, à la différence de certains éléments du process, effectué au sein de machines dédiées (les “fossilisateurs”), d’une capacité de 10 tonnes par jour. Les granulats devraient contenir 80% de déchets et 20% de liant.

Des granulats en attente de certification

A l’origine de l’innovation, Clément Bénassy, directeur général, est un ingénieur diplômé d’AgroParisTech, et Nicolas Cruaud, président, est diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Isae-Supaero. « Initialement, nous voulions transformer les ordures ménagères en les fossilisant, sur la même idée que la formation des calcaires. En taillant des pierres calcaires, mon père a eu l’idée de faire un parallèle avec la fossilisation”, indique ce dernier. Lancé en mars 2018, le projet a été concrétisé sous la forme d’une entreprise en 2019. Neolithe compte aujourd’hui 13 personnes.

Pour rendre possible l’utilisation des granulats produits, la start-up travaille avec le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) et le Centre scientifique et technique du bâtiment, dont l’agrément est attendu pour lancer la commercialisation. L’Anthropocite, nom donné à la qualité de granulats qui sortiront des machines, pourra être utilisé en sous-couches routières ou dans une incorporation au béton. Neolithe souhaite s’appuyer sur les acteurs de la collecte et du tri des déchets, ainsi que les entreprises de démolition pour développer commercialement son produit.

Des machines en location

Actuellement vendues, les machines seront par la suite mises en location. Le traitement des déchets s’effectuera donc chez les clients. Les risques sont limités, assure Nicolas Cruaud : “nous avons prévu un gros onglet de formation pour les opérateurs de nos clients, avec un titre que nous décernerons. Cela nous donnera un levier de qualité. Nos systèmes contrôlent les matières entrantes. Nous pouvons sanctionner nos clients en retirant l’accréditation à l’opérateur. Si on ne vend plus le liant et qu’on ne reconnaît plus le granulat comme étant de l’Anthropocite, notre client ne pourra plus l’exploiter sous ce nom.” Des contrôles réguliers devraient être effectués.

Pour faire la preuve de son concept, Neolithe prévoit de participer au projet Empreinte, consistant à construire une maison témoin puis un éco-quartier sur la commune de Beaucouzé (Maine-et-Loire) au moyen de techniques innovantes. Vingt tonnes de déchets inertes doivent y être valorisées à partir des déchets de construction.

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